L’Ecole Centrale-Supélec à Paris-Saclay : un monde en soi

L’Ecole Centrale-Supélec à Paris-Saclay : un monde en soi

Fusionnant avec Supélec, l’Ecole Centrale quitte le campus de Châtenay-Malabry pour celui du plateau de Saclay à Gif-sur-Yvette (Essonne), en passe de devenir un cluster de l’enseignement supérieur francilien. Ce 11 septembre 2017, 4200 aspirants ingénieurs ont rejoints leurs nouveaux locaux : 76 100 m2 répartis en deux bâtiments. D’un côté s’élève désormais celui dit « Gustave Eiffel » réalisé en maîtrise d’ouvrage public avec l’agence Office for Metropolitan Architecture (OMA), dirigée par Rem Koolhaas (48 000 m2). En face, le bâtiment « Francis Bouygues » – un autre « grand bâtisseur » – est issu d’un partenariat public-privé avec les architectes suisse Gigon Guyer (25 000 m2). Deux boites « XL », qui placent l’éducation sous cloche.

Concernant le projet d’OMA, une grille régule la complexité du programme et rationalise son organisation. Une grande halle de 155 x 122 m et 12 m de haut est divisée en quatre entités, résultantes des quatre champs d’apprentissage majeurs définis dans le programme.  Orientées sur l’extérieur, elles sont réparties selon un plan urbain, desservies par des rues secondaires, tandis qu’une rue principale diagonale fend le volume sur toute sa hauteur. La toiture de conception légère, avec ses coussins translucides en ETFE, se dématérialise pour laisser passer une lumière naturelle, créant une sensation d’extérieur. Car c’est bien une « ville intériorisée » que propose l’agence OMA, « une école urbaine ouverte, avec le désordre créatif encadré par un squelette structurel ». Une force conceptuelle qui engendre des pertes de repère et la sensation d’un observatoire panoptique, puisque les étudiants travailleront partout, à la vue de tous. Un monde en soi d’une clarté et d’une cohérence intense, tandis que le bardage noir peu engageant semble affirmer un désintérêt pour l’extérieur, provocation ultime. Visite en image avec Ellen van Loon, associée de OMA en charge du projet.

© Joy Ruotte / Amélie Luquain

Image à la une © Philippe Ruault

Le Grand Prix de l’urbanisme 2017 décerné à Pierre Veltz

Le Grand Prix de l’urbanisme 2017 décerné à Pierre Veltz

Réuni  jeudi 20 avril à l’initiative du ministère du Logement et de l’Habitat durable, le jury du Grand Prix de l’urbanisme 2017 a récompensé Pierre Veltz, ingénieur, sociologue et économiste.

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Maquette Paris-Saclay. Photo © Amélie Luquain

Ingénieur de première formation, chercheur en sciences humaines (économie et sociologie), Pierre Veltz a d’abord travaillé dans le domaine de la planification urbaine au sein de l’administration. Durant la décennie 1980, il a dirigé la recherche à l’Ecole des Ponts. Créateur, en 1985, du Laboratoire Techniques, territoires et sociétés (LATTS), il a contribué, en lien avec la DATAR, à refonder une doctrine de l’aménagement du territoire résolument pro urbaine, revalorisant le rôle de Paris et des métropoles. De 1999 à fin 2004, il a été directeur de l’Ecole des Ponts. Il y élargit la place des sujets urbains et environnementaux et contribue au lancement du Polytechnicum de Marne-la-Vallée, avec l’idée de créer un grand pôle centré sur les villes et les territoires. Il a ensuite dirigé l’Institut des hautes études de développement et d’aménagement des territoires (IHEDATE), cycle de formation pour les professionnels. En 2008, Pierre Veltz dirige la mission d’études sur le Grand Paris auprès de Christian Blanc et participe à la mise en place du Grand Paris, du Grand Paris Express ainsi qu’à la consultation des urbanistes. À partir de 2009, il s’immerge dans le projet de Saclay, d’abord comme délégué ministériel puis comme président directeur général de l’établissement public d’aménagement et de développement. Outre le pilotage d’une opération de grande ampleur – la Silicon Valley française – il a notamment lancé à Saclay des projets innovants dans les domaines de l’environnement et du numérique.

Ses recherches et ses enseignements portent sur les transformations du travail, de l’entreprise et des territoires, confrontés à la mondialisation et à la révolution numérique. Il est très engagé dans la réforme de l’enseignement supérieur. Auteur fécond, on note parmi ses ouvrages : Mondialisation, villes et territoires. L’économie d’archipel (1996), La Grande Transition. La France dans le monde qui vient (2008), Paris, France, Monde. Repenser l’économie par le territoire (2013), Petite ensaclaypédie (2014), La Société hyper-industrielle (2017). Ce dernier livre met l’accent sur les logiques économiques territoriales de l’industrie de demain, en lien étroit avec le développement des services et les technologies numériques.

Pierre Veltz a été désigné Grand Prix de l’urbanisme face a Jacques Lévy, géographe, chercheur enseignant à l’école polytechnique de Lausanne, directeur du laboratoire Chôros et du programme doctoral Architecture et Sciences de la ville ; Philippe Madec, architecte et urbaniste, enseignant chercheur, qui a développé une approche écoresponsable du projet architectural et urbain ; et Alfred Peter, paysagiste et urbaniste, qui s’est fait connaître sur des projets établissant un lien entre mobilité, urbanisme et espace public, notamment à Strasbourg.

Si par ce Grand Prix, le jury a salué la recherche en urbanisme, on peut se demander ce que signifie de récompenser le PDG de l’EPA Paris-Saclay, une zone d’aménagement de grande ampleur qui consomme des terres arables et dont le modèle du cluster est fortement critiqué, à l’heure où l’on doit réparer les dégâts de ses homologues …

 

 

Composition du jury

Président du jury : Paul Delduc, directeur général de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN).

Les élus : Emmanuel Couet, président de Rennes Métropole ; JeanLuc Moudenc, président de Toulouse Métropole.

Les personnalités internationales : Oriol Clos, architecte et urbaniste, Barcelone ; Paola Viganò, Grand Prix de l’urbanisme 2013, Milan.

Les professionnels qualifiés : MarieDouce Albert, journaliste au Moniteur ; Éric Bazard, directeur général de la SPL DeuxRives ; Alain Bourdin, chercheur et professeur à l’École d’urbanisme de Paris, directeur de la Revue internationale d’urbanisme ; Romain Champy, Euralille, Palmarès des jeunes urbanistes 2016 ; Alexandre Chemetoff, Grand Prix de l’urbanisme 2000 ; Antoine Loubière, rédacteur en chef de la revue Urbanisme ; Ruth Marquès, présidente de section au Conseil général de l’environnement et du développement durable ; Ariella Masboungi, Grand Prix de l’urbanisme 2016 ; Jacqueline Osty, paysagiste, Grand Prix du paysage 2005 ; Marion Talagrand, Palmarès des jeunes urbanistes 2007 ; Isabelle Vallentin, Directrice générale de Sequano ; Agnès Vince, directrice chargée de l’architecture, adjointe au directeur général des patrimoines, ministère de la Culture et de la Communication.

Campus EDF par ECDM : le ductal projeté

Campus EDF par ECDM : le ductal projeté

Si Rudy Ricciotti exploite le béton fibré ultra-hautes performances (BFUP) pour ses capacités structurelles, l’agence ECDM préfère travailler sur son potentiel en second-œuvre.

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Après l’avoir exploité dans deux autres projets – le bâtiment administratif du centre bus de la RATP de Thiais livré en 2007 et une crèche dans le 18eme arrondissement de Paris livrée en 2011 – elle poursuit ses recherches avec l’industriel LafargeHolcim qui a déposé son BFUP sous la marque Ductal. Renforcé par des fibres organiques, métalliques, à base d’acier inoxydable ou de verre, ce matériau propose des constructions plus légères ou plus fines à résistance égale avec les bétons traditionnels. Il est apprécié pour sa résistance, sa ductilité, et sa durabilité. Emmanuel Combarel et Dominique Marrec l’apprécient pour son fort dosage en ciment et en adjuvants, ses granulats de faible dimension, sa porosité réduite et sa plasticité.

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Si d’ordinaire le Ductal est coulé entre deux moules, il a été projeté sur un seul pour revêtir le campus EDF de Saclay. Cette méthode de préfabrication autorise des éléments monobloc de très grande dimension – en l’occurrence 7 m de haut et 2,70 m de large – avec des épaisseurs en parties courantes réduites – seulement 15 mm. La pièce finie vient absorber les anfractuosités au droit des menuiseries, des coulisses ou des coffres de stores, n’affichant en façade que la rencontre du verre et du béton. Par ce procédé, la peau répond au logique d’isolation par l’extérieur en procurant un capotage étanche désolidarisé de la structure. L’ensemble, sur le campus EDF, fut posé en seulement 15 jours, réduisant largement les temps de chantier. L’innovation est validée d’une Appréciation Technique d’Expérimentation (ATEx).

L’agence ECDM justifie de cette innovation en prônant un travail sur la masse et interroge : « comment retravailler la massivité, ce fantasme collectif perdu aujourd’hui par l’isolation extérieur ?  » Mais l’image de massivité est-elle si nécessaire ? Ne s’impose-t-elle pas plutôt comme un faux-semblant ?

Courtesy ECDM / Jérémy Bernier 

 

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L’installation au sein de Paris-Saclay, quartier de l’École Polytechnique, suggère la volonté politique d’EDF de rejoindre un cluster dynamique. Le groupe confie à l’agence d’architecture ECDM la réalisation de son centre de formation, proposant à ses employés une retraite de quelques jours sur ce plateau battu par les vents et encore difficilement accessible. Ça tombe bien que le campus comprenne salles de formation, ateliers techniques, espaces de restauration et chambres. 

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« Au vu du territoire disponible, un tel programme aurait pu être morcelé » soulignent les architectes. Mais c’est le concept inverse qui a été mis en œuvre, défendant l’idée d’un bâtiment unitaire, mixte et dense, à la consommation de terres arables. « Nous préférons l’empilement et la compacité à une nappe horizontale étendue » continuent-ils. Ainsi, la totalité du terrain disponible n’est pas phagocyté par l’architecture qui met en scène sa stratégie d’empilement, bien que la hauteur bâtie reste limitée par le couloir aérien d’Orly. Le projet a été développé en coupe plutôt qu’en plan, sur un principe de stratification. Le volume parallélépipédique compact est creusé d’un patio central et augmenté d’une excroissance sur sa face arrière abritant les ateliers ; une entorse à la compacité qui s’explique par la technicité. Le bâtiment principal laisse transparaitre en façade le programme qui s’étage en trois couches superposées ; matérialité des revêtements et motifs générés par le rythme des percements en constituent les signes distinctifs. L’étage de formation est habillé de béton Ductal brun cernant des fenêtres allongées ; le couronnement qui héberge les chambres est revêtu du même béton fibré à ultra-hautes performances ; l’entre deux, qui abrite restaurant et espace de détente constitue pour Emmanuel Combarel « un vide théorique » derrière un bandeau de verre plissé. En pied, le verre affiche l’entrée et la salle d’exposition, tandis que l’inox enveloppe la halle technique, à l’arrière. L’intérieur est quant à lui structuré d’un patchwork démonstratif d’univers variés.

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En livrant ce campus, EDF veut affirmer sa conduite d’une politique architecturale avant-gardiste. Le groupe inscrit la commande passée à ECDM dans la lignée d’autres ouvrages : le centre d’archives de Bure conçu par LAN – un cube posé dans un paysage champêtre – la réhabilitation des bureaux EDF à Lyon Thiers par Jean-Paul Viguier, le siège EDF à Ajaccio par l’agence ECDM (déjà elle), les bureaux Sofilo à Reims par l’agence ANMA, jusqu’au centre de recherche et de développement réalisé par Francis Soler, qui forme, avec le campus d’ECDM, le Lab EDF sur le plateau de Saclay. Pour EDF, ces ouvrages sont l’héritage contemporain des centrales nucléaires dont l’identité a été confiée à Claude Parent à partir des années 1970. Avec ces architectures pourtant bien loin de constituer un nouveau visage à la firme, celle-ci en oublie de communiquer sur le campus des Mureaux livré par Atelier de Montrouge en 1980 qui a pourtant était fermé au profit de Saclay.

 

Retrouvez le projet en vidéo sur Instagram archi_cree

 

Fiche technique

Maître d’œuvre : ecdm Emmanuel Combarel Dominique Marrec. Maîtrise d’ouvrage : EDF. Maîtrise d’ouvrage déléguée : SOFILO. BET structure : Jean-Pierre Miécaze – façade : VP&GREEN – Direction de travaux : CALQ – Paysagiste : APTEC MO – Économiste : Mazet et associés – Fluides : THOR ingénierie – VRD : Setec – Acousticien : AVA – Mobilier : Ciguë – Réalisation des éléments BFUP de façade : Ductal® Lafarge Holcim / Betsinor / C&E ingénierie. Localisation : 13 boulevard Gaspard-Monge, 91120 Palaiseau, Plateau de Saclay. Coût travaux : 70 M € HT. Certifications : HQE excellent et BREEAM excellent. Livraison : décembre 2015

 

Programme

Centre de formation et campus compact multi-activités ; 26 000 m2 de surface de plancher ; 12 000 m2 de façade, dont 4 000 m2 en BFUP ; 15 000 employés formés chaque année ; 60 000 jours de formation par an ; 70 salles de formation ; 2 grandes salles modulables ; une salle plénière ; une salle d’exposition de 450 m2 ; 270 chambres individuelles ; un restaurant de 300 places et 4 salons privatifs ; un bar lounge ; une salle de fitness ; une salle de détente ; une médiathèque ; une halle de formation technique de 3 000 m2 ; un parking de 450 places ; un grand jardin ; un terrain pédagogique de poteaux électriques en extérieur

 

Courtesy ECDM / Jérémy Bernier 

 

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Les jardins secrets de Paris-Saclay

Le Central pour le campus Paris-Saclay

« Les jardins secrets de Paris-Saclay »

L’agence LAN, associée à Clément Vergely, lauréat du concours international pour la construction d’une résidence étudiante face à l’Ecole Centrale sur le plateau de Saclay, vient de soumettre son projet au permis de construire.

 

Les débuts du concours

Pour la petite histoire, l’Etablissement Public Paris-Saclay (EPPS) confie à SODERATIF la réalisation de 1000 unités de logements étudiants, soit 22 500 m² SDP. Située à Gif-sur-Yvette (91) dans la ZAC du Moulon, la résidence est destinée à accueillir les étudiants des établissements d’enseignement supérieur implantés sur les lieux.

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Face à trois équipes de maîtrise d’œuvre – Zig-Zag Architecture et Sophie Delhay Architecte et l’Atelier ALTERN paysagiste ; Lipsky+Rollet Architectes et Data Architectes et INUITS paysagiste ; Atelier Seraji Architectes et Associés, Bru Lacomba Setoain et Petitdidier Prioux Architectes et TN+ paysagiste – la célèbre agence parisienne LAN (Local Architecture Network) maintes fois primée, associée à Clément Vergely (Lyon) et TOPOTEK paysagiste (Berlin), remporte le concours en janvier 2015.

saclay

 

Habiter en tant qu’étudiant

L’offre de logements, contribuant à l’attractivité du campus Paris-Saclay, se doit de répondre aux modes de vie des étudiants : s’ils apprécient les chambres autosuffisantes et confortables, ils souhaitent aussi des espaces de colocations avec salles de bain et cuisines mutualisées, ainsi que des espaces verts dans les lieux collectifs favorisant les interactions et le plaisir d’être ensemble.

LAN

On l’aura compris, le projet comportera des studios et des appartements en colocation, ainsi que des espaces communs destinés tant au travail qu’à la détente. S’ajouteront 500 m² de commerces nécessaires aux étudiants (boulangerie, restauration rapide aux plages d’ouverture larges, services de reprographie, point-presse…) et 2400 m² de restaurants, dont un restaurant universitaire de 1000 couverts.

LAN

 

Un jardin secret

LAN vient de soumettre son projet au permis de construire (PC). Celui-ci s’apparente à un « Jardin des Muses » : à l’instar des jardins d’agrément du début du XVIIIe siècle, un parc est défini par l’architecture. Le concept est simple, densifier la périphérie pour libérer le centre.

LAN

Ainsi des blocs de logements rectangulaires prolongent ceux existants, formant un front bâti qui encadre le parc intérieur. Cinq cylindres, rompant avec l’orthogonalité de la périphérie, forment des volumes sans orientation ni hiérarchisation. Le tout est uniformisé par des façades quadrillées avec une rigoureuse régularité. Des cheminements piétons serpentent au pied des bâtiments, au beau milieu de la verdure, tandis qu’un tracé rectiligne en diagonale traverse la parcelle dans sa largeur.

LAN

Prévu pour 2017, le bâtiment devra obtenir la certification Habitat&Environnement et le label Effinergie+, soit les consommations d’énergie de la RT 2012 -20 %.

 

 Courtesy LAN Architecture