TVK remporte le réaménagement de la Place de la Gare

Porte d’entrée dans la ville de Lausanne (Suisse), la Place de la Gare sera réaménagée par l’agence TVK. Projetant un horizon, les architectes proposent de simplifier et d’unifier cet espace majeur, qui s’inscrit dans le projet de refonte du Pôle Gare.

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Équipe en place

L’équipe* menée par l’agence d’architecture et d’urbanisme parisienne TVK, de Pierre Alain Trévelo et Antoine Viger-Kohler, a été retenue parmi six finalistes par la municipalité lausannoise pour la transformation de la Place de la Gare. Ils ont répondu à un Mandat d’Études Parallèles (MEP), soit une démarche similaire à un concours mais qui a pour spécificité de ne pas être anonyme, ouvrant ainsi le dialogue.

Fondée à Paris en 2003 par deux associés, l’agence TVK figure au Palmarès des Jeunes Urbanistes en 2005 et est lauréate des Nouveaux Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes en 2006. Auteur du renouveau de la Place de la République à Paris en 2013, l’agence n’en est pas à son premier coup d’essai.

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Ici, à Lausanne, elle propose quatre dispositifs conceptuels et spatiaux articulés entre eux : le balcon, le parcours, le sol unifié et la promenade plantée.

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Un grand balcon à l’horizon

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Vue devant les façades nord

Au cœur de la ville, la Place de la Gare bénéficie d’une grande dimension où converge les flux. Cependant, c’est aujourd’hui un espace technique encombré et morcelé, largement nivelé (1,7 m de différence de niveau entre les façades nord et sud), laissant peu de place au piéton. L’objectif est de repositionner la place au cœur de la vie lausannoise par des usages quotidiens comme exceptionnels, répartissant justement les déplacements.

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« Il est nécessaire de prévoir que la Place puisse s’adapter aux modifications des modes de vie des générations futures. »

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Vue des deux esplanades

Dans un unique mouvement de composition, les architectes affirment, dans une ville ou la pente est omniprésente, une grande horizontale allant d’est en ouest, de la Rasude jusqu’au futur Pôle Muséal. Ils commencent par modeler la topographie, étirant ici etlà les courbes de niveau, les resserrant, planifiant le sol. Ainsi, les niveaux haut et bas seront prolongés vers le centre de la Place, lissés de façade à façade dans un matériau unique qu’est le béton. Ils seront reliés entre eux par de simples emmarchements (7 marches de 13 cm) marquant le nouveau seuil de la Gare, des pentes larges et douces (6%) servant de lieux de transit. Deux grandes esplanades seront donc dégagées, dont la pente minimale de 1,5% recueillera les eaux pluviales. Lieu d’appropriation par excellence, ces terrasses permettront des occupations exceptionnelles et temporaires, tout en dégageant un nouveau point de vue sur le bâtiment visiteur de la gare, à forte valeur patrimoniale.

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« L’unité provient ici de la composition générale : un seul grand mouvement de composition; ainsi que du travail sur le sol : un seul sol minéral. »

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Vue depuis le nord de la place

Redonnant la « place » au piéton, cette dernière revalorisera aussi les usages fonctionnels essentiels que sont les accès aux trains, l’intermodalité, les passages de transition mais aussi les lieux de séjour. Mobilier, abris, plantations assureront les différents besoins : d’une part, trois abribus aux toitures légères et dimensions atypiques (4,5 m x 18 m, plus de 80 m2) seront disposés en quinconce sur la place ; d’autre part, le mobilier sera dessiné dans une même gamme, confortant l’unité du lieu. Enfin, des mâts effilés de grandes hauteurs, supports d’éclairage et des caténaires liés aux lignes de bus, seront alignés en partie centrale, dégageant le reste de l’espace. Quant aux plantations, elles renforceront les alignements déjà constitués le long des avenues de la Gare et Ruchonnet et seront prolongés jusqu’au seuil de la place, dégageant la perspective.

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Démarche participative

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Ce projet de transformation de la Place de la Gare met à profit une démarche participative orchestrée par la municipalité ; il tient compte des résultats du sondage « C’est le moment de faire votre place! » et d’ateliers consultatifs réalisés au printemps 2015 auprès de la population. De cette concertation s’est dégagée une volonté d’optimiser la place comme nœud modal, de respecter l’identité du lieu, aussi convivial que foisonnant, de donner la priorité aux piétons sans exclure les autres modes de transport et d’utiliser la verdure comme source d’apaisement et de valorisation esthétique. Autant de points auxquelles se sont attelés Pierre Alain Trévelo et Antoine Viger-Kohler.

« La Gare et ses Places ne doivent plus être une césure dans la Ville, mais bien un lieu fédérateur. »

TVK_LAUSANNE_perimetreLa réflexion sur cette place est également associée à un projet de grande ampleur : le Concept Directeur des espaces publics du Pôle Gare, qui cherche à reconnecter les places de la gare d’ici à 2030, considérant des polarités étendues. La Place de la Gare doit donc intégrer les évolutions futures, que sont l’agrandissement des infrastructures, l’implantation du Pôle Muséal à l’ouest et la reconversion de la Rasude à l’est.

 

 

* TVK – Trévelo & Viger-Kohler, architectes urbanistes (pilote); B+S AG (ingénieur civil); Roland Ribi & Associés, ingénieurs-conseils et urbanistes (ingénieur mobilité); BSAU – Blaise Sahy (architecte urbaniste); OLM – Philippe Coignet, (paysagiste)

 

Amélie Luquain

Courtesy TVK Architectes Urbanistes / Poltred

 

 

La plus belle vue du canal de l’Ourcq

La plus belle vue du canal de l’Ourcq

A la confluence du Canal de l’Ourcq et de la petite ceinture (19e), quartier Jaurès, se dessine un ensemble de logements.

 

Un secteur en transformation

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Depuis plusieurs années, le canal de l’Ourcq connait une fière transformation. Son caractère strictement fonctionnel, reposant sur une activité artisanale et industrielle – notamment sur le transport de marchandises – se voit relégué au second plan au profit d’activités de loisirs. En lieu et place de l’ancienne usine de chauffage urbain (CPCU), particulièrement reconnaissable avec son grand cube métallique et sa haute cheminée qui participaient de l’identité du quartier, se trouve aujourd’hui un îlot entier au bord du canal accueillant un ensemble de 134 logements (ainsi qu’un supermarché, un commerce, un café) conçu par l’agence TVK pour BDP Marignan. Ce projet illustre l’évolution des lieux et sa nouvelle identité, de la même manière que la crèche conçue par VEA Architectes (2014) située quai de l’Oise, et les immeubles de logements étudiants et sociaux de Lacaton & Vassal (2014), face à la rue de Thionville.

 

 

Tour de manivelle

« L’idée fondatrice du projet consiste à déployer les bâtiments en manivelle, afin de créer deux ambiances fortement liées aux grandes pièces infrastructurelles du site. […] Cette disposition instaure une relation indéfectible entre le tout et les parties en même temps qu’une indépendance claire de chaque édifice »

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L’îlot entretient une relation directe avec les éléments du patrimoine infrastructurel du site, rendue possible par la reconnaissance et l’appropriation de l’infrastructure du canal. C’est donc le paysage ouvert de celui-ci qui pénètre dans la profondeur de la parcelle, grâce à la réinterprétation du « plan en manivelle », archétype spatial de l’architecture moderne. Au-delà de la condamnation habituelle dont ce plan fait l’objet, Pierre Alain Trévelo & Antoine Viger-Kohler (TVK) l’envisage ici comme la ré-intégration forte d’un élément urbain spécifique. La disposition des bâtiments en manivelle permet à chaque logement de s’installer dans l’environnement, tout en privilégiant les ouvertures et les vues sur le canal grâce à un dispositif en gradin. Depuis les plus petits volumes bâtis aux pieds de l’eau jusqu’aux étages les plus hauts du bâtiment du fond, des plans successifs se juxtaposent, accentuant la profondeur de champ. Les gradins accompagnent la pente douce de la rue de la Marne qui mène au canal, comme une invitation à la promenade sur les quais.

 

Diversité des modes de vie

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Trois corps de bâtiments sont reliés par leur niveau bas au travers des cours, passages et venelles. Un premier corps bâti, aligné sur le quai de la Marne, est revêtu d’une brique sombre, lui conférant une présence étonnante. Le second, orienté est-ouest créé à la charnière entre le canal et la petite ceinture, revêt une brique moutarde de couleur énergisante. Le troisième aligné sur la rue de Thionville se pare d’une brique blanche pour mieux y refléter la lumière. Parallèlement à ce dernier volume, se décline des logements que l’on qualifiera ici « d’intermédiaires » comprenant des toitures terrasses privatives, puis trois maisons de ville en duplex, presque de plain-pied avec le canal, unies à deux jardins, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière. La disposition en manivelle, en plus d’offrir trois entrées sur chacune des rues qui bordent l’îlot, permet une grande variation typologique de logements : des T1 et T2 mono-orientés mais toujours bien exposés, des grands lofts en duplex au dernier niveau, des T3, T4, T5 d’angle, des T4 en duplex mono-orientés sur le canal… De fait, chaque logement se voit doté d’une ouverture sur le paysage et de vues privilégiées.

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TVK plan R+6

TVK plan R+2

 

Extérieurs soignés

Par ailleurs, on note la qualité et la diversité des espaces extérieurs. En effet, chaque logement en bénéficie ; les typologies varient selon l’orientation, l’exposition, la hauteur et la caractéristique des logements desservis. Pour certains, ce seront des jardins terrasses, d’autres des balcons filants, d’autres encore de petites loggias en saillies au-dessus du canal. Ces espaces interagissent avec l’environnement proche. A l’arrière de l’îlot, les habitants bénéficient d’un grand jardin collectif privatif – dessiné par Paula Paysage – dont la densité végétale se fond dans le square avoisinant.

 

« La matière construit à la fois un ensemble simple et unitaire car constitué de la même brique mais témoigne aussi de chacune de ses parties et de sa complexité par le jeu des teintes juxtaposées »

Au delà de la simplicité apparente qu’inspire la brique dans ce programme résidentiel bien conçu, elle rallie le tissu traditionnel faubourien du nord-est parisien et dévoile de grandes qualités de vie extrêmement diversifiées. Depuis ce 22 septembre 2015, les acquéreurs bénéficient d’ores et déjà de la plus belle vue sur le canal de l’Ourcq.

 

Amélie Luquain

 

Courtesy TVK / Clément Guillaume