« Sciences Po » investit l’hôtel de l’Artillerie

Les agences Wilmotte, Moreau Kusunoki et Sasaki ont remporté avec le promoteur Sogelym-Dixence le projet de restructuration de l’ancien hôtel de l’Artillerie, site militaire qui va être intégré au campus de l’institut d’études politiques de Paris.

Jardin des savoirs – Gribeauval © crédit photo Sogelym Dixence _ Wilmotte & Associés Architectes _ Moreau Kusunoki et Sasaki

Qu’il reste entre les mains des institutions publiques ou gagne celles d’institutions et propriétaires privés, le patrimoine parisien est en pleine ébullition. L’hôtel de la Monnaie, rénové par Philippe Prost, vient d’être livré, l’ancienne bibliothèque nationale (site Richelieu) entreprend un ambitieux chantier de rénovation, les travaux d’aménagements de la bourse du commerce en lieu d’exposition pour la fondation Pinault ont débuté, et à deux pas, la transformation controversé de la poste du Louvre se poursuit. D’autres chantiers parisiens (L’hôtel de la Marine, le Lutetia, etc.) attestent de la valeur et des enjeux qui entourent les édifices historiques dans le Paris du XXIe siècle. Jeudi 11 janvier, Science Po a présenté son projet d’extension dans le noviciat fondé par les dominicains en 1631. Le transfert du bien à la Grande muette, advenu le 18 floréal de l’An III avec l’installation dans les murs du comité central de l’Artillerie, a retiré le site de la carte. L’ouverture partielle des lieux au public a cessé en 1905, avec la fermeture du musée de l’Artillerie. On prête à la section technique de l’armée qui prend possession des murs à partir d’avril 1945, la charge de conduire des opérations mystérieuses et secrètes, justifiant la fermeture totale du site par de sévères barbelés. Quoiqu’il en soit, ce département a déménagé vers le « Balargone », libérant les lieux pour un nouvel usage. Il semble revenir à Richard Descoings, directeur de Sciences Po mort brutalement en 2012, l’idée d’utiliser l’hôtel de l’Artillerie pour suivre la politique de croissance et de rayonnement international qu’il avait engagé à la tête de l’institution. Sciences Po, une fondation privée reconnue d’utilité publique, avait là une possibilité inespérée de s’étendre. Fermement ancrée dans le VIIe arrondissement, l’école n’a pu assouvir ses besoins de surfaces qu’en multipliant les locations dans le quartier, atteignant le nombre de 20 adresses différentes louées à différents propriétaires. De plus, l’hôtel de l’Artillerie partage un mur mitoyen avec le « 13U », 13 rue de l’université, locaux occupés par SciencesPo depuis le départ de l’ENA pour Strasbourg. L’installation avait fait jaser jusque dans les rangs des élèves de ScPo. 

Amphitéâtre Gribeauval © crédit photo Sogelym Dixence – Wilmotte & Associés Architectes _ Moreau Kusunoki et Sasaki

4 équipes en lice

Après cinq ans d’études et de développement du projet en interne, la direction de SciencePo a dévoilé le projet de transformation de l’hôtel de l’Artillerie en « Campus 2022 » . Le projet a été choisi par concours, ouvert d’abord à 19 équipes, nombre restreint à 4 dans une deuxième phase. Les participants étaient regroupés dans des équipes conduites par des promoteurs. La proposition du trio Wilmotte/Moreau Kusunocki/Sasaki l’a emporté sur celles des agences DVVD, Snøhetta et Kengo Kuma. La direction de Sciences Po ne souhaitant pas diffuser les projets non retenus, on ne peut se faire une idée des différentes options proposées qu’à partir des comptes rendus sommaires glanés au hasard des interlocuteurs. La nécessité de faire rentrer un programme dense dans une surface de 14 000 m2, qui restait réduite au regard des besoins, impliquait de pratiquer des excavations et d’éventuellement de réaliser une extension, dans les limites très restrictives fixées par le PSMV (Plan de sauvegarde et mise en valeur, qui régit le développement urbain dans les secteurs protégés au titre des monuments historiques). Ces deux éléments ont déterminé les options des uns et des autres. Snøhetta aurait créé une extension sculpturale et ultra contemporaine, Kuma aurait proposé de créer deux patios circulaires dans une des cours pour apporter de la lumière au sous-sol, DVVD aurait joué sur l’emphase, accentuant la diagonale qui relie l’hôtel de l’Artillerie avec l’U13. Tout cela au conditionnel, bien sur, puisqu’encore une fois les propositions de concours sont tenues secrètes par le maitre d’ouvrage pour des raisons que l’on ignore, la peur, sans doute, de voir son choix contesté. Voila qui nous prive d’un débat architectural sur le réaménagement d’un site historique. 

Cloitre actuel de l’Artillerie © Marie Sorribas _ O.H.N.K

Trois cours

Revenons justement au site. L’hôtel de l’Artillerie se déploie autour de trois cours. La cours Sébastopol, sur l’ancien cloître, dont une partie a été surélevée très discrètement par les militaires. Moins discret en revanche, l’axe ouvert dans le côté oriental du cloître, pointant vers la cour Treuille de Beaulieu, qui servait d’entrepôts à canons. Assez vaste et fermé par un mur bas, cet espace que n’égaye pas la vue des colonnes de Gallimard est interdit à la construction par le PSMV. Le département journalisme de l’école occupera ce vide en souterrain. Dernière cour, la cour Gribeauval, occupée en son centre par une construction massive et sans intérêt édifiée dans les années 20, et dont le PSMV impose la destruction. Cet espace devient le coeur du projet, parce qu’il met en communication l’hôtel de l’Artillerie et le 13 U, dont le jardin devient la quatrième cour du site, et surtout parce qu’il est l’espace où les aménagements sont les plus visibles. L’agence Moreau Kusunoki y implante un édifice qu’elle a souhaité le plus neutre possible, une boite en verre de trois niveaux qui rappelle un peu les Apple Stores dessinés par Norman Foster. On aurait peut-être aimé un peu plus d’extravagance et de folie pour cette petite construction, qui, placé à un point clé du site, est un petit observatoire sur toute cette partie du campus. Les règlements drastiques du PSMV limitaient sévèrement le gabarit constructible, interdisant de rendre le toit accessible – les émergences et les gardes corps seraient sortis du volume capable. Reste que ce pavillon, réservé à la bibliothèque, articule l’ensemble du programme. Sa position en fond de cour redonnera une lecture simultanée des deux façades existantes, actuellement impossible du fait de la présence du bloc construit dans les années 20. Il règle aussi les différents hauteurs de sol, décaissé pour permettre d’éclairer les extensions souterraines du programme. Le parti d’enfouir une partie des salles allait à l’encontre du PSMV, qui entrait lui même en contradiction avec les ambitions parisiennes affichées lors du deuxième volet de la consultation « réinventer Paris », qui partait à la reconquête des sous-sols parisiens. « Le règlement interdisait les affouillements » explique Franck Boutté, BET environnemental de l’équipe, ce qui empêchait d’éclairer naturellement les nouveaux espaces par des prises de lumière naturelle. Comment Jean-Louis Missika, adjoint à l’urbanisme, impliqué aussi bien sur les « Réinventer Paris » que sur le réaménagement de Sciences Po, établissement dans lequel il enseigne, pouvait-il accepter cette contradiction flagrante ? Finalement, l’adjonction d’un large escalier instaurant une continuité entre sol haut et bas de la cour Gribeauval a dissipé le dilemme, même si, pour l’instant, l’adjoint à l’urbanisme ne goute pas les verrières plates qui délimitent les parties hautes et basses de la cour Gribeauval. L’ajout d’escalier agencé en gradins permettra de transformer cet espace en amphithéâtre à ciel ouvert.

Cours sébastopol © crédit photo Sogelym Dixence _ Wilmotte & Associés Architectes _ Moreau Kusunoki

Un campus nommé Paris

Avec l’hôtel de l’Artillerie, Sciences Po occupe désormais 45 000 m2 de locaux dans le quartier. Les rôles des différentes agences prenant part au projet sont clairement définis : Wilmotte prend en charge tout le réaménagement de l’existant, rénové dans une optique environnementale sous le contrôle de Franck Boutté, qui supervise ces questions sur l’ensemble du projet. Pierre Bortolussi, architecte des bâtiments de France, traite des question liés à la préservation du patrimoine. Les parties neuves sont dessinées par Moreau-Kusunoki, l’agence Sasaki traite les problèmes relevant de sa spécialité, l’organisation de campus. Le promoteur Sogelym Dixence chapeaute l’ensemble du projet, réalisé selon la procédure du CPI, contrat de promotion immobilière. Les cinq années d’études précédant le concours devraient éviter les mauvaises surprises, embarrassante ans ce type de contrat ou le promoteur devenu maitre d’ouvrage s’engage sur un prix et un délai – ici l’ouverture de l’école pour la rentrée de 2021, et le 150e anniversaire de l’école en 2022. La Ville de Paris s’est impliqué dans le financement en garantissant aux ⅔ le prêt de 160 millions d’euros contracté par l’Institut. L’achat du bâtiment à l’Etat pour 93 millions d’euros sera compensé par une économie de 11 millions d’euros dépensés pour la location de différents locaux dispersés dans le quartier. Sciences Po apporte 10 millions d’euros de fond propre et compte sur le mécénat pour lever 20 millions d’euros supplémentaires.

Pour Anne Hidalgo, qui a justifié l’implication de la ville dans ce projet, les futurs étudiants pourront devenir les ambassadeurs de Paris à travers le monde. La grandeur de l’établissement est un gage de ce rayonnement international qui semble être devenu la priorité de nombreux maires de métropoles, focalisés sur l’attractivité et le rang de la ville au classement des « villes-mondes » « Le campus, c’est Paris » a énoncé Anne Hidalgo, au risque de rendre chagrin les étudiants exilés sur le plateau de Saclay, encore bien peu hospitalier en dépit des aménagement en cours. Avec l’éducation, les bâtiments du « vieux paris » sont un atout maitre, au point que l’on pourrait proposer cette définition du patrimoine parisien : «  élément historique destiné à supporter un projet moderne pour augmenter l’attractivité de la capitale »._Olivier Namias

 

Drôle de futur : la revue de presse du 06/02/2017

Drôle de futur : la revue de presse du 06/02/2017

Rémunération des architectes en Europe – PLU sauvé à Thionville – Wilmotte imagine 2017 – Maison du futur à Alençon – Transports par fil ou en tube : téléphériques et Hyperloop à Metz, Brest ou dans le monde – la revue de presse du 6 Février 2017

 

 

Insomnies urbaines

«Ca m’a empêché de dormir tout le mois de janvier», confie l’adjoint au maire de Thionville Roger Schreiber au Républicain Lorrain. Ses insomnies ont une cause insolite et urbaine : le destin du PLU, que le tribunal administratif menaçait d’annuler depuis une première audience tenue début janvier, suivant les recommandations du rapporteur public. Un particulier mécontent qu’une parcelle en sa possession soit rendue inconstructible par les nouvelles dispositions réglementaires avait introduit fin 2013 un recours pour vice de forme. Bien conseillé, il était à deux doigts d’avoir gain de cause. « Sur le fond, nous aurions pu nous réjouir d’une annulation de ce PLU que nous ne cessons de critiquer depuis que nous sommes arrivés aux responsabilités, indique Roger Schreiber. Mais une annulation aurait été catastrophique pour la ville. Tous les projets auraient été gelés. Toute notre stratégie de redynamisation en aurait été affectée. ». Heureusement, la Ville a proposé un arrangement gagnant-gagnant au requérant, qui a fini par se désister au nom de l’intérêt de la ville, explique Schreiber. Le juge administratif a finalement annoncé aux parties qu’il abandonnait la procédure, qu’il aurait pu poursuivre malgré ce désistement. « On est vraiment passé à deux doigts de la catastrophe », affirme Schreiber, soulagé d’avoir sauvé in extremis le soldat PLU.

Via Le Républicain Lorrain

 

 

Patate

« Nous venons d’emporter le chantier du siège de l’ONU en Afrique de l’Ouest, 38 000 m² regroupant les 33 agences de la région à Dakar. Il prendra la forme d’un moulin à eau, avec l’auditorium au centre… Le chantier commencera à la fin de l’année, je suis impatient, c’est l’un des projets les plus excitants de 2017, un bâtiment incroyable ! Aussi, nous avons débuté il y a trois semaines les travaux pour l’extension du Centre de Gestion Sportive Ferrari de Maranello que nous avons livré en 2015… Concernant le projet auquel j’aurais aimé participer, je dirais les constructions de nouveaux stades en Russie, où nous avons remporté le concours pour le stade de Kaliningrad, et au Qatar pour la coupe du monde de football en 2022. Le sport permet des recherches architecturales pointues, j’aime cette liberté ! ». Avec tant de projets aussi excitants, Jean-Michel Wilmotte risque lui aussi bien des insomnies. L’indéniablement “architecte à succès”, tel que le qualifie The Good Life, livre dans une interview sa vision de l’année 2017. Entre autre prophéties « en 2017 on pourrait voir débarquer des chambres et des salons, au cœur des bureaux. La frontière avec la maison sera de plus en plus fine, les entreprises demandent de plus en plus de personnalisation ». Rendez-vous en pantoufle dès juin rue du faubourg Saint-Antoine, à l’agence de l’architecte, pour tâter les matelas, secouer les couettes et admirer les nouveaux papiers peints matérialisants ces mutations sociétales.

Via The Good Life 

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Le Centre Spirituel et Culturel Orthodoxe Russe, inauguré en octobre 2016 à Paris via the good life

 

Salaire d’architectes : la France sous la moyenne

Le conseil des architectes d’Europe vient de diffuser l’édition 2016 de son étude biennale sur la profession. Bonne nouvelle « l’architecture en Europe est une profession en croissance, notent les auteurs de l’étude. Le nombre d’architectes en Europe est estimé à environ 600.000, soit une augmentation de 4% depuis 2014 », relève Batiactu, et par rapport à 2014 « le revenu moyen des architectes est supérieur de 10%, c’est une première depuis la réalisation de cette enquête en 2008 ». Mauvaise nouvelle : la France glisse à la 11e place en terme de revenu. Gagnant 27 986€/an en moyenne, les architectes français ont des revenus inférieurs à la moyenne européenne. « Des pays tirent par ailleurs leur épingle du jeu et enregistrent les plus fortes hausses entre 2014 et 2016, tels que la Roumanie (de 9.822 € à 15.274 €), la République Tchèque (de 13.150 € à 17.518 €), la Slovénie (de 19.808 € à 24.406 €). En revanche, les salaires moyens sont plus faibles dans une poignée de pays, les plus fortes baisses sont enregistrées par les architectes en Bulgarie (de 9.506 € à 6.564 €), aux Pays-Bas (de 54.496 € à 39.047 €) et en Espagne (de 28.354 € à 24.390 €) ». Pour gagner plus, il faudra déménager au Luxembourg, où le revenu a bondi de de 48.701 € à 58.725 €. Le paradis architectural serait-il proche du paradis fiscal ?

Via Batiactu 

 

Salaires des architectes : travailler beaucoup pour gagner peu en Italie

L’Italie totalise 27% des architectes d’Europe, avec 2,5 architectes pour 1000 habitants contre 0,96 pour le reste du vieux continent, selon un rapport du CRESME (Centre de recherche économiques et sociales du secteur du bâtiment). Bémol, leur revenu moyen de 19.000€ place les architectes de la botte en 19e position par rapport à leur confrères européens des 27, soit « en dessous des situations Turques (sic), Slovènes et Estoniennes ». Le revenu mensuel net des architectes reste en dessous des 1 190 euros, quand la moyenne européenne est de 1 360 euros. Les cours d’architectures que nos voisins transalpins recevraient à l’école primaire ne valent pas aux architectes italiens une reconnaissance financière.

Via West Info 

 

Visage du futur

Rêvons un peu : « Imaginez des poteaux imprimés en 3D qui soutiendraient votre maison, comme le feraient des murs porteurs. La lumière du jour en plus. Ou bien un hélidrone sur le toit, pour permettre à un drone de livrer vos colis même pendant votre absence. Une douche munie d’autant de boutons que de membres de la famille dans laquelle chacun retrouve, en un geste, sa température idéale. Une habitation hyperconnectée pilotée par une tablette. Des vitres photochromiques qui s’adaptent à la luminosité (les verres s’obscurcissent en cas de grand soleil, s’éclairent s’il fait sombre). Un système de récupération des calories de l’air rejetées par la maison… Toutes ces innovations, et bien d’autres, « une cinquantaine sont prévues », seront bientôt rassemblées dans une maison qui sera construite à Alençon (Orne)», que son maître d’ouvrage, Maisons France Confort, a baptisé Yris. Le constructeur de maisons individuelles leader de son département fête un siècle d’activité avec cette maison prototype, qui n’a pas vraiment de prix. « À l’aube de ses 100 ans, l’entreprise familiale, qui emploie 1 600 salariés, dont une centaine à Alençon, au siège social, veut montrer qu’elle pense déjà au logement de demain. Pour y parvenir, les dirigeants de Maisons France Confort ont également eu l’idée de réunir dix-huit partenaires « afin de réfléchir ensemble à toutes ces innovations ». Lafarge, Velux, EDF, Bosch… Chacun apporte ses idées, et sa pierre à l’édifice ! ». Glissons leur cette idée folle pour la future fête des 200 ans : inviter un architecte…

Via Ouest-France 

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via Ouest France

 

Transports de joie

Les financements permettant la construction de lignes de tramway manquant à l’appel, le téléphérique reprend de la hauteur loin de ses montagnes natales « Simple effet de mode ou moyen de transport du futur ? Le téléphérique urbain s’envisage aujourd’hui comme une alternative sérieuse. Réinventer la ville, la propulser dans la métropole de demain fait du dossier des transports l’épicentre des réflexions. Après le lancement du téléphérique brestois, Nancy y pense sérieusement et Metz n’exclut plus d’y réfléchir.» Justement, des étudiants de Nancy ont choisi Metz comme terrain d’étude pour l’implantation d’un téléphérique, hypothèse figurant dans un rapport du Conseil Economique et Social intitulé « Metz 2023 et au-delà ». Emmenés par Manuela Franzen, leur enseignante, 10 architectes en herbe ont imaginé une ligne dont l’un des terminus jouxte un projet de Maison Edouard François, agence dont Franzen est associée. « Il faut dire qu’à voir les croquis et les visuels, on se prend vite à rêver. Le téléphérique tricote un lien entre la Zac de l’Amphithéâtre et le cœur historique de la ville. Certaines lignes se poursuivent même jusqu’à Queuleu. Le long de son fil un nouveau flux se crée. Le téléphérique, plus qu’un moyen de recoudre le tissu urbain, peut aussi changer le destin d’une ville ». Un destin qui tient à un fil n’est pas forcément très enviable.

Via La semaine 
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Transports à la peine

« Pour des questions d’économie, la plupart des projets se sont calqués sur le téléphérique de Brest, à savoir un transport sur câble fixe avec une station moteur et une station d’arrivée. Le dispositif comprend 2 télécabines d’une capacité de 60 passagers chacune », expliquait Mme Franzen à propos de son étude messine. Le téléphérique brestois sert en exemple à bien des villes. Inauguré fin 2016, il peine pour l’instant à fonctionner, et ne totalise qu’une quinzaine de jours d’exploitation depuis sa mise en service novembre dernier « En décembre, après une dizaine de jours d’exploitation, au cours desquels les deux nacelles ont transporté près de 40 000 personnes, l’appareil a été mis à l’arrêt en raison d’une série de “petits défauts techniques”, tels que « l’ouverture intempestive » des portes, alors que la cabine se trouvait à une cinquantaine de mètres au-dessus du sol, alors qu’un technicien était à bord » relate Le Monde. « Comme pour tous les systèmes neufs, il faut en peu de temps pour les réglages et le rodage, a tenté de justifier lundi, Jean-Luc Bouhadana, directeur de Keolis Brest qui exploite le réseau de transports en commun de l’agglomération». Mais pour le délégué de CFDT de la société, « Tout a été fait dans la précipitation. » Avant la mise en service du téléphérique, « on avait alerté sur des effectifs sous-dimensionnés et une organisation du travail qui n’était pas au rendez-vous », a-t-il fait savoir à l’Agence France-Presse». Dernier problème vendredi, une passagère a été blessée lors du freinage d’urgence de la cabine. Un arret brusque et inexpliqué « Le poste de commandement aurait perdu la cabine », selon M. Daniel ». Envolée ?

Via Le monde 

 

Hyperfloop?

Parmi les miracles que nous promettent les gourous des technologies, l’Hyperloop tient une place de choix. Ce système de transport lancé par Elon Musk, fondateur de Tesla et Space X, promet de révolutionner les déplacements en faisant circuler sous vide des navettes à une vitesse dépassant celle du son, soit plus de 1 225 km/h. Ce qui promet de ne pas être aussi facile que de faire rouler une voiture à l’électricité, si complexe que soit cette première tâche. Les concurrents développant des systèmes similaires à l’Hyperloop ont bien réussi à passer de 0 à 100 km/h en une seconde, mais reste à une vitesse de pointe à 482 km/h. Des problèmes plus lourds tiennent à la dilatation des tubes en acier long de dizaine de kilomètres, car scellés pour maintenir le vide. Sur un tronçon de 600 km, elle représenterait 300 mètres qu’on ne saurait où caser. Quand à la réalisation du vide sur ce même tronçon, elle impliquerait d’extraire des millions de mètres cubes d’air, alors qu’on ne sait extraire de la plus grande chambre à vide au monde qu’1,5% de ce volume. La pression sur les tubes serait énorme, générant des coûts de construction et de fonctionnement qui rendraient le projet non viable économiquement, face à ses concurrents que sont le train et surtout l’avion. « Un avion dépense beaucoup d’énergie pour atteindre une altitude de 9 kilomètres, afin de rejoindre une couche de l’atmosphère dans laquelle il vole à l’aise, mais Hyperloop prétend recréer au sol l’atmosphère qui règne à 49 kilomètres de la surface terrestre. Ce qui coute très cher » résume le blog think big. Il est encore temps de se lancer dans les téléphériques.

via Think Big 

 

 

Furoncle sur la Tamise, Wilmotte… : la revue de presse du 13/9/2016

Furoncle sur la Tamise, Wilmotte… : la revue de presse du 13/9/2016

Furoncle sur la Tamise; Tout plus sûr avec Wilmotte; Patrik Schumacher voit le futur; Embrouille chez les burners; Panier à prendre au USA.

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Motivé

Radieux Jean-Michel Wilmotte lors de l’interview que lui a accordé Le Parisien. A 68 ans, l’architecte « a conscience d’avoir de la chance de conduire autant de beaux projets dans Paris » – dans le désordre et sans être exhaustif, la Halle Freyssinet, le Lutetia ou la très bulbeuse cathédrale orthodoxe russe, pointant ses cinq oignons dorés dans le ciel francilien. S’il voit dans Réinventer Paris l’équivalent d’une sorte de psychanalyse de groupe, « l’occasion de faire un point sur l’état d’esprit et la philosophie des architectes à un moment donné » là où l’on pensait qu’il s’agissait plutôt de projets, Wilmotte ne manque pas d’idées pour la capitale. Il veut de la lumière électrique dans la Pyramide du Louvre, déplacer la grande roue, et encore d’autres sujets qu’il aborde avec « toujours avec la même motivation ». S’il trouve ses propres projets « magnifiques » ou « sublimes » Wilmotte n’est pas toujours tendre pour ses confrères. En témoigne cette critique aux accents sécuritaires de la place de la République, qu’il juge « intéressante et bien traitée » mais « incontrôlable, générant des difficultés pour la sécurité et l’ordre public ». Une bonne façon de proposer ses services dans un climat de peur et d’angoisse rampante, une attention pour la sécurité qui tourne à l’obsession ou au matraquage… commercial. « On aura des contrôles et des sécurités partout. C’est un projet magnifique », explique l’architecte à propos de son intervention Gare du Nord, qui se positionne sans fard sur un créneau pouvant garantir la sécurité, de la commande, à défaut du reste.

Via Le Parisien 

 

Paramétré

« Comment vivre l’après Zaha Hadid ? », a demandé en substance The Guardian à l’avenant Patrik Schumacher. L’ex-associé de l’architecte Anglo-Irakienne disparue en mars dernier a répondu en exposant au quotidien anglais sa feuille de route pour l’avenir. « La passion insatiable et infectieuse de Zaha pour l’architecture, son perfectionnisme infatigable nous manque » explique Schumacher, « mais j’ai découvert que ma propre volonté et ma propre passion pour l’architecture et le progrès de notre discipline – joint à l’enthousiasme et au dévouement de nos équipes – pouvaient nous propulser toujours vers l’avant sans perte d’inertie ». En marche, donc, l’architecte se lance sans surprise dans un plaidoyer pour le paramétrique, dont il est l’un des apologues les plus fervents, et qui semble rimer chez lui avec coup de trique, et pas seulement pour sa tolérance à l’envers de ses dictateurs clients. Rare partisan du Brexit chez les architectes, ancien trotskiste converti au libéralisme sauvage, Schumacher voit dans le paramétrisme rien de moins que le style architectural du capitalisme, proposant à ses confrères d’adopter d’urgence ce style et sans doute les idées qui vont avec. « Si j’étais un financier susceptible d’investir dans votre produit, comment arriveriez-vous à me convaincre ? » a demandé à Parametric Pat le journaliste Rowan Moore. « Ce n’est pas aussi facile que ça, on ne peut pas le résumer aussi simplement », a répondu l’architecte embarrassé. « J’avais l’impression d’avoir donné à Rowan plus d’arguments que ce qu’il rapporte ici, je suppose que ça n’a pas cliqué » a réagit Schumacher sur Facebook après la publication de l’article. Vivement des journalistes paramétriques.

Via The Guardian 

 

Burner

Un campement de 70 000 personnes, déconnecté des réseaux et qui s’entoure progressivement de murs : non, vous n’êtes pas dans une version XXL de la jungle de Calais, mais à Burning man, une zone autonome temporaire ou l’on peut goûter la folie et la liberté totale pendant une semaine, pour la modique somme de 1300 euros minimum, selon des estimations prenant en compte le ticket d’entrée, le coût du véhicule, tente, etc. Né sur une plage de Californie, le festival implanté depuis dans le désert du Nevada cherche à garder son esprit contre-culture malgré une fréquentation en hausse constante, la part de festivaliers huppé augmentant mathématiquement avec la population des burners. Le débat est récurrent depuis plusieurs années, alors que les rois de la Silicon Valley et célébrités y débarquent en fanfare. Marc Zuckerberg, PDG de Facebook, s’y est rendu en 2012, descendant d’hélicoptère pour faire griller des sandwichs au fromage avec des burners. La tension est montée d’un cran avec l’attaque d’un sous-campement à 25 000 $US, dont la rumeur dit qu’il serait financer par le fils d’un oligarque russe. Un plainte a été déposée à la police, qui normalement n’entre pas dans le campement. « C’est logique que vous ayez été sabotés, car votre camp est fermé et pas accueillant » aurait répondu un des organisateurs à l’un des responsable site attaqué, baptisé White Camp. La contre-culture n’a pas encore succombé aux charmes de la gated community.

Via Le Monde 

 

Malin au panier

Tout est plus grand en Amérique : l’adage connu de tous a été maintes fois confirmé par la réalité . Ainsi à Newark, Ohio, se dresse un panier 160 fois plus grand que la normale. Muni de fenêtres et de sept niveaux de plancher, ce canard de 1997 dessiné par l’agence NBBJ concrétise le rêve de Dave Longaberger, qui voulait installer le siège de sa compagnie dans un immeuble à l’image des paniers tressés qu’elle fabriquait. On ne peut pas nier la force publicitaire de l’édifice, malheureusement insuffisante pour enrayer la chute des ventes, passées de 1 milliard d’US$ dans les années 1970 à 100 millions en 2012. Résultat : l’entreprise brade son plus gros modèle, soldant pour 5 millions d’US$ un panier qui en avait couté 32 à fabriquer, et qui devrait en valoir le double au prix actuel du marché immobilier. On en apprend un peu plus sur ce bâtiment mondialement célèbre à l’occasion de la vente : ces parois en bois sont percées de fenêtres qui éclairent généreusement un espace intérieur qui n’a rien de « panierique (baskety)». « Rien ne vous rappelle que vous êtes dans un panier. Vous avez plutôt le sentiment d’être dans une belle tour de bureau » explique l’agent immobilier chargé de la vente. Tout ça pour ça… Les anses posent de nombreux problèmes : chauffées pour éviter l’accumulation de neige, la peinture qu’on y applique s’écaille. « On pourrait les enlever » explique l’agent qui envisage des changements de programme pour vendre son embarrassant panier dégarni. Mais la forme architecturale limite les possibilité d’évolution. « Je suis sûr qu’un bon architecte pourrait trouver une moyen de le repeindre pour qu’il ne ressemble plus à un panier » estime l’agent. Et pourquoi pas une surélévation en forme de victuailles?

Via The Chicago Tribune

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Lauriers doux et amers

Qui connait de ce côté-ci de l’Atlantique ZGF architects et Westlake Reed Leskosky ? Devançant la plus familière SOM, Skydmore Owen Merrill, ces agences ressortent en tête du classement 2016 des 50 plus grandes agences des USA établi par l’ordre des architectes américains à partir d’un questionnaire multi-critères. Bonne nouvelle, près de 80% des agences recensées ont connu une hausse de revenu en 2015, mais seules 1/3 de ces structures proposent un intéressement à leurs employés. Combien de ces 50 grandes agences ont reçu la Carbuncle Cup, Prix du Furoncle organisé par le magazine Building Design ? C’est une information absente qui mériterait de figurer dans le classement. Pour 2016, le gagnant du prix que l’on tremble de recevoir est l’agence BUJ, qui l’emporte avec le Lincoln Plaza, ensemble de logement décrit comme un « bazar indescriptible » par les membres du jury. Le promoteur Galliard a beau vanter « les vues à couper le souffle, des services de première classe, un habitat superlatif dans un site de rayonnement international » , les jurés du prix y voient plutôt « l’incarnation architecturale du mal de mer, des vagues de nausées congelées dans des gaines de verre et d’aluminium de couleur qui, lorsqu’on les contemple trop longtemps, suscitent le malaise, l’inconfort, et chez les plus malchanceux, un renvoi du déjeuner aussi inévitable que des flaques d’eau après l’orage ». Affaire de point de vue : la nausée est souvent dans l’œil du regardeur !

Via the Architect Magazine  et Building Design 

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Olivier Namias